Module 4-Libérons l’information

Jeudi 3 septembre

Introduction d’Erika Campelo (Ritimo) et Lionel Larqué (Alliance Sciences Société)
Exemples d’open data : pages sur les données publiques sur Wikipedia, site de Regards Citoyens, data.blog.lemonde.fr, etc.
L’enjeu des nouvelles technologies s’impose à nous depuis plusieurs années et c’est parfois dur à surmonter. Travail d’expérimentation pour comprendre ce qu’est l’open data, et comment on s’approprie la technologie.
Le nombre et le chiffre ont une place extrêmement puissante dans nos sociétés. Par exemple : conflit juridique sur les normes de pollution, dès 1910 à Marseille, avec une entreprise juridique. Pour sécuriser ses investissements, l’entreprise veut un niveau de pollution possible dans la rivière à côté. Ce niveau de pollution acceptable est un chiffre clé, y compris en termes d’enjeux militants. Ce niveau de pollution a évolué au cours du temps, son évolution est le fruit d’une trajectoire socio-historique propre. Le chiffre est donc au cœur de nos enjeux, déterminant la géométrie du monde. Autre ex, retour de la République en 1873, se fait à une voix près, en fonction de la manière dont on calcule la majorité. D’où vient la donnée, que veut-elle dire ? Qu’est-ce qu’elle cache ? Comment l’améliorer ? Comment fonder nos argumentations en données ? Le chiffre est toujours un construit, une vision, un débat et non un caractère objectif.
Les technologies sont des trajectoires, qui évoluent en permanence. L’appropriation de la technologie, c’est chercher à interagir avec la trajectoire de ces technologies. Une technologie est toujours le fruit d’un rapport de force socio-politique. La naissance du téléphone portable est le fruit de l’influence d’anthropologues dans les labos de Nokia, spécialistes du Sahara, qui ont voulu reproduire la technique du « téléphone arabe » permettant en 48 h la transmission d’une info d’un bout à l’autre du désert, sans téléphone. Idem pour l’origine d’Internet, né de rapports de force dans les grandes universités américaines, entre les centres de calculs de l’armée et des libéraux voulant perturber cette mainmise de l’armée. Ainsi, deux modèles s’opposent toujours aujourd’hui : le téléphone : avec centralité intelligente et des terminaisons basiques. Internet : terminaisons nerveuses très intelligentes mais le centre n’est qu’un aiguillage beaucoup moins intelligent. C’est le fruit de trajectoires politiques des années 50-60.
Dataviz : graphique interactif à partir de sources de données (le monde.fr) (ex : carte de France des réserves parlementaires).
Open data : bonnes pratiques et échanges généraux
Intervention de Tangui Morlier, fondateur de Regards Citoyens
Plus d’infos ici : http://www.regardscitoyens.org/documents/presentations/2012070301_RC_CRID_Rennes.pdf
Regards Citoyens : contre-lobby contre les enjeux financiers et commerciaux du Net. Le mouvement tente de sensibiliser les parlementaires sur ces questions. L’objectif de ce réseau informel est de connaître l’expertise et l’activité des parlementaires, en analysant leur nombre d’interventions, les amendements qu’ils proposent, et en référençant le parlementaire référent selon les sujets.
Regards Citoyens se voit comme une boîte à outil pour la citoyenneté numérique, pour expliquer aux citoyens ce que font nos représentants grâce notamment au site « nos députés.fr ».
L’idée est venue d’un classement par des journalistes des 577 députés. Le classement est rendu public. Liste de 10 parlementaires qui ne venaient jamais à l’Assemblée nationale. Cette dernière a retiré le nombre de résultats dans le moteur de recherche. Il ne faut pas laisser les parlementaires gérer l’information parlementaire. D’où nos députés.fr pour connaître ce qu’a fait le/la parlementaire dans les douze derniers mois. Chaque info peut être commentée sur le site et ensuite visible sur la page du député. Chaque info renvoie à un lien pour permettre à chacun de se documenter sur telle question.
Ces données sont réappropriées par d’autres pour en faire un nouvel usage : c’est de l’open data.
L’accessibilité aux données législatives est acquise depuis le XIXème avec le journal officiel. Mais il faut passer du papier au numérique, en accès libre. Exemple du Dalloz qui interdit aux citoyens de s’approprier les données législatives et de les imprimer. On peut aujourd’hui simplement les consulter.
La loi CADA est la loi qui équipe pour la transparence (1978). Elle permet la demande d’accès à n’importe quel document administratif sauf quelques exceptions (propriété industrielle). Pas de raison à donner pour le citoyen qui sollicite un document, l’administration a un mois pour répondre, et livrer le document en format numérique sans coûts, si ce format existe. La commission CADA est sollicitée 5000 fois par an par ceux qui n’ont pas eu de réponse dans les temps. 200 cas vont devant le tribunal administratif.
L’open data, c’est des données, des tableurs pour mettre à disposition les données pour tous donc gratuitement, sans barrières juridiques sur l’usage de l’utilisation des données (licence ouverte), sans barrière technique (format ouvert, logiciel libre par ex).
Pour agir et développer l’open data, on peut mettre en ligne ses tableurs, y associer une licence ouverte, les référencer sur une plateforme open data (nosdonnées.fr, data.gouv.fr) et contribuer aux projets libres. L’idée est d’associer l’administration aux citoyens pour enrichir et recouper les données, en ajouter, les commenter… (ex de data.gouv.fr)

Intervention Open knowledge Brasil (Everton Zanella Alvarenga)
Réseau global pour ouvrir les données dans l’éducation, la science, la citoyenneté et la gouvernance institutionnelle, fondé en 2004. La branche brésilienne de l’ONG a été fondée en 2013 au Brésil. Open Knowledge a 40 antennes dans le monde.
Comment utilise-t-on les données ouvertes au Brésil ?
Exemple : logiciel pour organiser et référencer les données librement utilisables (SECAN) crée en Angleterre. Le gouvernement brésilien utilise ce logiciel fait par des communautés. Beaucoup de pays ont simplement réutilisé ce logiciel pour leur pays.
Souvent, les institutions sont en retard par rapport à l’usage de la technologie par les citoyens. Les débats sont souvent plus intéressants sur le numérique que dans la gouvernance institutionnelle classique.
Réf : P. Zeller Priceton Government data and the invisible hand.
Au Brésil, en 2011, une loi a été promulguée pour l’accès à l’information. Réutilisation d’un logiciel de My society pour faire des demandes à l’administration sur telle ou telle question. Le site s’appelle Queremos Saber.
Ils ont fait un appel à la communauté de Sao Paulo, pour venir occuper la mairie de San Paulo pendant 40 heures, pour dialoguer avec les informaticiens de la mairie et utiliser les données que la mairie était prête à donner. La mairie s’est engagée ensuite par écrit à ouvrir ces données pour Sao Paulo. Mais un changement de majorité a de nouveau nécessité de refaire des actions pour permettre la libéralisation de ces données. Evénement fondateur qui a eu beaucoup d’impact au Brésil. Nombreuses initiatives, publications des données du conseil municipal directement sur Facebook. Ces webs apps doivent être durables mais c’est compliqué pour l’association de motiver les gens pour maintenir le service en ligne.
Projet Gastos abertos (orcamento.inesc.org.br) financé par Google avec AKFN pour une application pour comprendre l’utilisation et la répartition du budget brésilien.
Ex de découverte : au ministère de l’Agriculture, 55 % du budget du ministère voté n’est jamais utilisé. L’info a fait polémique mais dans tous les cas, on met en discussion, on crée un débat par la mise en scène de ces données. Le passage de la donnée à l’information s’effectue quand le chiffre est mis en lumière et intelligible.
Travail avec des assos spécialistes du budget, qui voulaient rendre visibles et accessibles ces données. En 2014, l’ONG experte en données budgétaires a dû licencier, d’où des difficultés pour mettre à jour quotidiennement les données.
Le partage d’un logiciel d’un pays à l’autre, les modifications de ces données, l’interpénétration des données renouvellent la solidarité internationale sortant de la dialectique nord/sud.
Youtube VaiMudar : clip contre la Coupe du monde de football pour montrer que l’événement est trusté par des grandes entreprises et dénoncer le pouvoir de l’argent.
Données sur les milliards d’argent public dépensés, sur les expulsions de gens (80 000 personnes à 250 000 déplacés dans l’Etat de Rio, sans concertation publique, de manière arbitraire et violente).
Montant total de la Coupe du monde (13,9 milliards de dollars) : ex. de dataviz pour montrer à qui profite cet argent dépensé, notamment l’argent public, et qui montre les liens entre compagnies, les financements aux partis, l’argent qui passe par la Fifa sur des contrats différents, etc.
VaiMudar NaCopa
contato@okfn.org.br
Open data, journalisme : expérience de la journaliste Julie Gommes

Travail sur les conseils municipaux, première base pour l’obtention de l’open data, sur les financements, la démographie, les projets, les appels d’offres…
L’appropriation de ces données demande énormément de temps. Mais c’est la condition pour avoir de l’info, c’est à dire une mise en sens des données, sur des travaux de ma ville, sur les flux d’argent, sur la culture, le sport…
Le travail de journaliste : passeur d’info, mise en perspective, analyse, interroge…
C’est peu fait aujourd’hui dans le journalisme car il faut du temps, car ce n’est pas sexy et cela rapporte moins que 40 publications de dépêches dans la journée. L’infographie est peu abordée dans les écoles de journalisme, on y parle peu d’open data. C’est pourtant l’essence du travail de journaliste que de faire passer cette info.
HARASS map : expérience d’open data via la cartographie. Au Caire, les femmes déposent des plaintes quand elles se sont fait agressées : on retrouve ses points chauds de harcèlement sexuel sur une carte, en fonction des quartiers. Quelle est l’utilité concrète d’une telle donnée ? Cela rend concret pour les gens des réalités jusqu’ici assez vagues. De plus, cela permet de faire pression sur les institutions pour se saisir de cette problématique et d’aider la justice à faire son travail.
Autre donnée : Paris sous surveillance.net pour répertorier la surveillance sur Paris. Chaque citoyen peut signaler une caméra de surveillance sur la carto. Cela permet de montrer aux gens à quel point ils sont surveillés, et de sensibiliser les commerçants qui pointent leurs caméras sur la rue alors que c’est interdit.
Intervention sur l’open data en Espagne : Alex Hache, activiste à Calafou
Aucune loi de transparence ni d’accès à l’information en Espagne. Quelques lois d’accès à l’informatique thématique comme par exemple ce qui touche à l’environnement. Mais il y a un vrai manque de respect vis-à-vis de ces lois.
Autre problème grave : la corruption. 63% des espagnols considèrent qu’ils ont déjà été affectés par cette corruption.
En ce moment se cuisine en coulisses une loi sur la transparence, très peu transparente. Access info Madrid tente de traduire et mettre en sens ces documents. Cette loi sera probablement la 72e dans le classement sur les 93 lois de transparence qui existent dans le monde donc elle ne sera pas vraiment performante. Il y aura un organe de transparence, probablement relié au gouvernement.
Datacatalogs.org : site qui référence des administrations avec open data. 22 sites espagnols qui publient un peu de données.
Il y a 3 ans, lancement de la plateforme GOTEO, projets d’innovations sociales totalement open data. GOTEO finance 60 % des projets open data en Espagne.

QUIENMANDA : site qui cherche l’info officielle pour savoir quelles relations entre les gens au pouvoir, qui influence qui ? C’est un patchwork de données publics plus leurs propres données les plus fiables possibles.
Tuderechoasaber. Espace qui permet de poser des questions, que le collectif se charge de relayer auprès des institutions. Logiciel développé par My society à la base.
Espanaenllamas.es : sur les incendies en Espagne, parfois provoqués pour augmenter la surface urbanisable. Le site référence les hectares brûlés, les criminels, les relations avec des pouvoirs occultes notamment les puissances immobilières.
Ailaket.com : prévention de la toxicité des drogues. Des données proviennent de 150 000 analyses par an dans des fêtes et autres, pour voir la qualité des drogues. Une application permet de lancer des alertes pour les drogues frelatées, de mauvaise qualité.

 Il faut développer des méthodologies et renforcer l’open data. Mais il ne faut pas en faire une panacée. C’est bien mais cela ne renverse pas la classe politique ou entraine des actions judiciaires importantes. Il faut donc réfléchir à l’impact et comment l’améliorer. La troisième de phase de l’open data est celle de l’impact. Comment s’organiser avec d’autres associations pour être plus forts et plus visibles sur le terrain ? Il ne faut pas trop s’illusionner dans cette perspective enthousiasmante de créer du commun mais bien réfléchir aux impacts en terme de changement social et sociétal.

Alter-médias (Bastamag et Observatoire des multinationales) : Simon Gouin

Alter-médias édite deux journaux d’infos en ligne : Bastamag et l’Observatoire des multinationales.
Deux initiatives réalisées grâce aux données. 2 façon d’agir et d’utiliser les données : utiliser des données produites par d’autres structures ou produire de l’info en compilant nous-même des données.
Exemple : écart de rémunération entre salariés et PDG pour pointer du doigt les entreprises françaises les plus inégalitaires. Travail sur les bilans sociaux des entreprises. D’où un tableau qui présente chaque entreprise avec dépense moyenne par salarié, l’écart des rémunérations, la rémunération du PDG. On peut classer les données selon ses préférences.
Autre exemple : article sur les homicides, les accidents et les malaises provoqués par les violences policières. Avec une dataviz pour connaître la procédure, le lieu, la date de la mort, les sources… Cette fois, c’est une approche collaborative avec appels à témoins de gens qui peuvent participer à cette collecte de données.
Ces données ne sont pas encore libérées et totalement réutilisables. Comment vérifier le sérieux du travail, s’il est partagé et réutilisé à profusion ?
Hacker space : qu’est-ce que c’est ?

Le hacker est un bidouilleur qui aime s’intéresser aux technologies, démonter le fonctionnement. Le hacker space permet la collaboration des hackers, qui échangent, débattent sur les systèmes, les données. Avec des bricolages de systèmes, les hackers ont compris que les lieux ouverts, les logiciels ouverts sont de moins en moins nombreux.
Le hacker space est également une démarche militante citoyenne pour permettre à une personne lambda d’utiliser des outils d’open data et faire perdurer la liberté des logiciels et des données.

Les hacker space se sont multipliés : de 12 hackerspaces dans le monde en 2007, on est passé à 950 hacker spaces en 2011 et on en compte plus de 1000 aujourd’hui. Ces hacker spaces sont de plus en plus tournés vers l’activisme citoyen pour permettre à chacun d’agir, même sans compétences.
L’idée est de montrer qu’il faut aller chercher l’information par soi-même et l’utiliser. Chacun d’entre nous peut essayer d’avoir un impact grâce aux données, à sa mise en sens.
Hackerspaces.org pour retrouver les lieux de hackerspaces.

Les Petits Débrouillards : Alexandre Keledjian

Logiciel libre : peut être utilisé, modifié, cédé, y compris dans son fonctionnement.
Les Petits Débrouillards : asso qui a pour but que les gens appréhendent l’environnement média. Séries d’expériences pour comprendre (ex. : boitier qui permet de brancher des capteurs d’humidité, de gaz, de pollution qui permet ensuite d’envoyer les données sur des sites de géolocalisation. Cette carte citizenAir permet donc de consulter ces données qui sont ensuite enrichies par un recoupement permettant aux personnes de comprendre les données qui deviennent information et donc vecteur d’influence).
The guardian nsa files / nsa observers pour mettre en sens les données libérées par Snowden.
Pour faire des dataviz : Sigmajs.org / D3.js / wordle (pour les tack loud) / many eyes / datawrapper pour transformer un tableur en graphe interactif / openspending / raw (raw.densitydesign.org) (à partir de tableur en format CSV) / umap (openstreetmap.fr)
La dataviz est un outil d’exploration avant tout. L’idée n’est pas d’utiliser la viz pour mettre en valeur quelque chose, mais de l’utiliser pour percevoir différemment les données, pour mieux les appréhender.
Expérimentation open data

Vendredi 4 juillet
Constitution de groupes de travail pour l’expérimentation :

-  Ritimo : travail textuel sur les fiches d’expériences DPH. Analyser les thématiques les plus traitées, les langues dominantes, les années fortes en terme de production, etc.

-  Groupe Eau virtuelle : permet de mesure la quantité d’eau virtuelle utilisée au quotidien, dans chacune de nos activités.

-  Prédations de terres en France par les multinationales : cartographie pour recenser les projets d’accaparement de terres (quel acteur prédateur ? Superficie concernée, etc.).

-  Travail sur les données financières de l’association Les Petits Débrouillards.

Cette session de travail a surtout consisté à identifier, récupérer et nettoyer les données.

Samedi 5 juillet

Retour sur l’expérimentation de la veille (difficultés, découvertes, questionnements…)
Poursuite de l’expérimentation de la veille + création de viz pour scénariser, éditorialiser ses données.
Résultats des travaux des groupes visibles ici :

Travaux des groupes :
• Ritimo : http://lite2.framapad.org/p/UESI-RITIMO
• Eau virtuelle : http://pad.lqdn.fr/p/ghostwater
• Prédations de terres en France par les multinationales :
- Pad : http://lite4.framapad.org/p/Re5UqQptpP
- Carte : http://umap.openstreetmap.fr/fr/map/carte-sans-nom_12044#6/46.324/1.362
• Travail du réseau des Petits Debs