Module 1- De l’action de terrain à la gouvernance : quelle place pour les jeunes dans les organisations de solidarité internationale ?

Le module 1 co-organisé par Etudiants & Développement, Ingénieurs sans frontières et Starting-block a proposé de partager réflexions et pistes d’action sur les enjeux des questions intergénérationnelles dans le milieu associatif. Partant de la place des jeunes (militants et organisations), les échanges ont porté autant sur les problématiques de renouvellement et des relations intergénérationnelles que sur les formes de mobilisation et les pratiques actuelles de ces acteurs.
Les participants ont pu partager leurs expériences et interrogations tout au long du module. L’âge moyen des participants était situé sous les 30 ans alors que le module était initialement destiné à favoriser un échange intergénérationnel. En effet, même si certaines des structures non composées majoritairement de jeunes ont été représentées, elles l’étaient généralement via des membres/salariés jeunes.
Le module s’est articulé selon les 3 demi-journées :
-  Présentation des problématiques et de parcours d’engagement de jeunes
-  Echange/analyse des freins et facilitateurs de l’engagement des jeunes
-  Co-construction de propositions
Dans cette optique, le module a été construit de manière :
• A comprendre le contexte actuel et les enjeux de la mobilisation des jeunes en donnant la parole à des organisations variées
• A identifier et structurer les freins et facilitateurs à l’engagement des jeunes
• A formaliser et proposer des pistes d’action en vue de l’animation de chantiers collectifs sur l’intergénérationnel
Enjeux et problématiques
Le 1er temps d’échanges a fourni un certain nombre d’éléments concernant les difficultés rencontrées par tous types d’acteurs associatifs :
•La participation et l’animation d’espaces de travail et de chantiers par des organisations de jeunes peut apparaître difficile comme par exemple l’animation de certaines plate-forme d’organisation de la SSI. Elle interroge notamment les pratiques de travail avec des organisations dont le renouvellement est important et avec des calendriers irréguliers. Les associations étudiantes connaissent des pics d’activité (plutôt de septembre à novembre puis janvier à mars) et très variables selon la nature de l’organisation. Il y a un enjeu réel à mieux prendre en compte cette temporalité qui peut poser des problèmes en termes de suivi, de cohérence dans la participation et du type d’activités que peuvent réaliser ces structures.
•L’accompagnement et l’encadrement des jeunes s’avèrent utile pour mieux cerner les formes de mobilisation et les envies des organisations de jeunes. Des structures comme RITIMO développent des outils et méthodes d’accompagnement pour assurer la construction de projets associatifs naissants. Il y a une difficulté à assurer l’encadrement pour amener à maturité des projets face à des acteurs qui connaissent une activité irrégulière. Il y a aussi probablement des espaces pour intégrer dans les dispositifs existants des questionnements sur le travail collectif, l’intergénérationnel et la pérennisation d’une organisation. L’offre de formation sur la valorisation et la capitalisation des activités gagneraient à être plus visible (se tourner vers France Volontaires et l’INJEP).
• La nature de l’engagement des jeunes ainsi que le renouvellement et la prise de responsabilité ouvrent également des questions importantes. Beaucoup d’organisations réfléchissent individuellement aux manières de favoriser l’intégration de jeunes militants ou organisations ainsi qu’aux problèmes d’organisation qui pourraient y être liés. Ces sujets touchent de manière plus large à l’accueil du novice, quel que soit son âge, et comment accompagner son engagement au sein des structures.
Suite à ces premiers échanges, les participants ont ensuite réfléchi aux contraintes qui peuvent exister dans le parcours d’engagement des jeunes et leurs influences. Il s’agissait de voir quelle représentation nous avons des parcours et sensibilité de jeunes pour ensuite identifier quels freins et opportunités peuvent apparaître. Il est apparu par exemple que certaines formes de sensibilisation/mobilisation ne rencontraient pas d’écho. D’autre part, le pré-requis d’arriver à informer les jeunes a semblé important pour beaucoup et les conditions d’accueil ont été très importantes pour favoriser la découverte et l’intégration. L’importance de l’affect a également été soulignée dans la construction des mobilisations.
De manière plus approfondie, un débat multiplicateur a permis de structurer les échanges et mieux définir certaines questions de fond sur la problématique du module :
Quelle définition claire et commune de l’intergénérationnel ?
Comment prendre en compte les temporalités fragmentées d’association de jeunes ?
Comment définir des activités adaptées à des novices et les faire progresser ?
Comment limiter la mise en concurrence de projets associatifs ?
Comment accompagner des « non-jeunes » sur la question de l’intergénérationnel et les postures d’accueil ?
Comment identifier et limiter les formes d’autocensure des jeunes ?
Quelle sont les bénéfices comparées entre une stratégie de fonctionnement intergénérationnel inclusive et exclusive ?
Comment illustrer/comprendre les « plus-values » des associations de jeunes dans le soutien de dynamiques plus anciennes ?
Comment accompagner la pérennisation et le vieillissement des associations de jeunes ?
Comment parvenir à proposer une organisation accueillante et conviviale ?
Comment gère-t-on les relations entre nouveaux et anciens (différence de motivation, problème d’ego, reconnaissance des anciens pour leur travail et les jeunes pour leur capacité/dynamisme) ? Quelles sont les pratiques réelles de prises de décisions avec des moins expérimentés ?
Comment éviter d’identifier les organisations de jeunes sous cet unique identité au détriment de leurs projets associatifs ?
Tous ces échanges ont alimentées la dernière partie du module lors de réflexions en groupes afin d’identifier des pistes de travail autour de questionnements plus structurés. Ainsi les participants ont essayé de dégager des propositions devant mener à faire vivre nos organisations de manière plus saines. Il s’agit notamment d’arriver à avoir une posture ouverte d’apprenant qui faciliterait à la fois la pérennité, l’engagement et la convivialité. Nos propositions peuvent être regroupées en trois groupes (mais qui ne sont pas immuables !) :
A) décider/définir un projet, un positionnement
-  Ouvrir les CA pour pouvoir avoir des avis
-  Travail sur l’image d’une organisation de « jeunes » qui renvoient uniquement à cette particularité et pas au sens du projet associatif
-  Espaces mixtes et intergénérationnels dans les collectifs (commissions, groupe de travail dans les aspects stratégiques et opérationnels)
-  Limitation des mandats et création d’instances de « sagesse » versus de « renouvellement » ?
-  Favoriser les démarches réflexives et porteuses de sens sur les projets
-  Mieux envisager la gouvernance horizontale
B) mettre en œuvre/actionner une activité, un chantier
-  Savoir capitaliser un savoir, un sens du projet, un historique. Quels outils/moyens de transmission ?
-  Mise en réseau et échanges de pratiques autour de discussions intergénérationnelles et avec des structures non-associatives
-  Actions communes interassociatives (jeunes / non-jeunes)
-  Clarifier les rôles entre salariés, bénévoles, instances
C) accueillir/accompagner les personnes comme les organisations
 Développer des temps festifs, informels, conviviaux
 Accompagnement/formation des bénévoles + individualisé, participatif
 Espace ou temps pour les aspirants
 formation à l’animation (outils), à la prise de décision, à la construction collective

Enfin, la 1ère étape est bien sûr de partager les acquis du module 1 à toutes structures. Par ailleurs, plusieurs participants pensent bienvenue 2 réflexions plus générales :
 Organiser un plaidoyer pour un financement de fonctionnement (pérennisation du secteur associatif) et pas uniquement sous l’angle « projet »
 Questionner le cadre actuel du secteur associatif versus les nouvelles formes d’engagement et de mobilisation.