Atelier 24- Le travail des femmes autrement : une opportunité pour les transitions sociales

Participants : 16 personnes, dont 15 femmes et un seul homme

Déroulement
1° temps. Présentation des participants et Séquence créative d’ouverture
Objectif : faire « sortir » ce que les participants ont dans la tête sur les deux mots clés de l’atelier « genre » et « travail » ;
1 - Carte mentale en groupe : chacun dit les mots qui lui viennent à l’esprit en associant à ce que disent les autres.
Travail
Autonome – soumission – indépendance – libération – vaisselle – cachet – enfants – double peine – sexisme – temps partiel – combat – esclave – empêchement – reconnaissance sociale – inégalité – sortir – plafond de verre – revenus – salaire – non reconnu – non marchand – précaire – discrimination – construit par les hommes – non équitable – dispute familiale – double journée
Genre
stéréotype – tabou – sexe – salope – construction sociale – éducation – concept – ABCD de l’égalité – jeux – bleu-rose – métier – à la mode – nounou – représentation – égalité – tradition – troisième genre – religion – morale – éducation – discrimination – maman-poule – papa-poule – jupe – NPNS

2 – En petits groupes de 4 ou 5 consigne : A partir de ces mots, formuler une conviction et une question se rapportant au sujet.
Convictions
Le travail reste dévalorisé ; nécessaire à l’épanouissement.
L’humanité se prive de plus de 50 % de sa richesse.
Hommes et femmes, mêmes capacités mais moindre reconnaissance.

Questions
Comment agir pour une vraie reconnaissance des femmes ?
Comment faire pour que le travail des femmes soit reconnu ?
Le travail ? rémunéré ou autre ?

2° temps . Genre et travail : des repères sociologiques (Héloïse Prévost)
1 - Quelques repères historiques sur l’intégration du genre au développement
• qu’est-ce que le genre (définition sociologique et définition dans le cadre du développement) ; devinette-histoire illustrative de la pertinence de la nécessaire analyse genre dans les projets de développement.
• puis sur le genre et travail : les trois rôles des femmes reproductif, productif et communautaire, la division sexuelle du travail, qu’est-ce que le travail : critique de la vision salarié et au masculin neutre du travail et définition du travail avec intégration du travail domestique/reproductif, le travail gratuit et invisible des femmes, exemple de la préparation des repas (questions avec participantes-données chiffrées budget temps), notion de devoir et la reconnaissance sociale du travail reproductif à double tranchant, les inégalités et discriminations dans le travail productif des femmes, exemple du travail agricole, approche de la vision globale / holliste du travail des femmes qui alimente les inégalités, présentation d’un outil participatif permettant d’analyser le travail des femmes, les temporalités et les rôles assignés dans le travail : outil à utiliser dans la mise en place d’un projet de développement.

2 - Réactions à l’exposé
Pendant la guerre de 14-18 , ce sont les femmes qui ont fait « fonctionner » la France.
Quand les écologistes promeuvent les couches lavables, les produits d’entretien faits maison, quelle incidence sur le travail des femmes ?
La transition sociale n’est pas rapide et elle est complexe.
Les questions sont valables partout.
Les chemins sont périlleux : les bouleversements extérieurs ne sont pas bien reçus, attention à l’interventionnisme (cf. le problème de l’excision).

3. L’exemple de Rana Plaza au Bangladesh (présenté par Vanessa Gautier – Peuples solidaires)
Eléments d’analyse :
Les femmes y ont eu le droit de vote avant la France.
Les femmes sont majoritaires dans différents secteurs économiques dits « à forte intensité de main d’œuvre », comme le secteur agricole mais aussi les secteurs comme le jouet et l’électronique.

Le textile est également un exemple intéressant. Main d’œuvre peu qualifiée, avec un taux de syndicalisation très faible, la main d’œuvre féminine y est très majoritaire dans de nombreux pays comme le Bangladesh.
• Bangladesh – profil pays – situation des femmes
• Le secteur textile au Bangladesh : le cas du Rana Plaza, les responsabilités identifiées. La situation aujourd’hui.
• Les problèmes spécifiques des femmes qui travaillent
- Insécurité, violence faites aux femmes
- Organisation
- Harcèlement sexuel et/ou verbal dans et hors du travail
- rôle des femmes dans les syndicats ; encore peu présentes et peu écoutées

• Solutions : le travail est une opportunité quand il est réellement autonomisant, que les femmes ont le contrôle sur les ressources financières et qu’il n’expose pas les femmes à des violations de leurs droits en tant que travailleuses.

Il est vu localement comme un moyen d’émancipation mais on peut s’interroger sur l’intérêt réel que ces emplois constituent pour les femmes.
Comment faire en sorte que cet accès effectif et fondamental à l’emploi ne soit pas contre-productif pour les droits des femmes et ne les expose pas à des risques de violations de leurs droits sociaux en matière de santé et de sécurité par exemple ?
Pour rester de vraies opportunités, ces emplois doivent répondre sur le plan individuel aux intérêts stratégiques des femmes (prise de pouvoir, indépendance économique). Mais ils doivent aussi être analysés de manière plus globale en réfléchissant à l’impact qu’a l’économie mondialisée sur les femmes.

Non seulement les accès effectifs aux droits sociaux ont aujourd’hui tendance à être revus à la baisse pour femmes et hommes mais les politiques économiques internationales vont avoir tendance à s’appuyer sur les inégalités de genre notamment sur la double force de travail des femmes (travail rémunéré ET travail « reproductif » non rémunéré), faisant ainsi peser sur elles la responsabilité du « maintien » des sociétés au profit d’un essor économique qui ne répond pas aux besoins des plus pauvres et renforce les inégalités.

4° temps : « Des tomates en toutes saisons » : un projet (FSP) piloté par Asfodevh (ASsociation pour la FOrmation en DEVeloppement Humain (présenté par Héloïse Prévost)

• Le contexte
Favoriser l’égalité effective entre les hommes et les femmes dans l’activité économique et de parvenir à l’autonomisation économique des femmes comme un facteur déterminant de développement économique et de stabilité.

• Le projet
Formation technique à la transformation des tomates.
Causeries-débat et sensibilisations sur thématiques liées à l’égalité femmes-hommes : répartition des tâches, budget temps, accès aux ressources, accès aux crédits, prise de parole en public, etc.
Avec des groupements à majorité féminine actifs dans la transformation de produits agricoles, sur trois ans (octobre 2009 à septembre 2012), dans cinq pays : Bénin, Burkina-Faso, Mali, Niger, Togo.

• Quatre principaux objectifs sont poursuivis :
Souveraineté alimentaire : valorisation de produits locaux et construction d’une filière ;
Autonomie financière des femmes et responsabilité citoyenne ;
Procurer une formation globale et « accompagnée » visant le développement humain, personnel et collectif autant que la performance technique ou économique ;
Mise en place de réseaux de formation, de coopération et d’entraide.

• Des résultats
Des pratiques professionnelles en mutation pour les formateurs/trices
Témoignages recueillis après leur formation intensive sur le genre à l’OIT,
o Une formatrice : Changements initiés dans son milieu professionnel (facilitatrice communautaire) :
- parité dans la sélection de ses équipes OCB (Organisations communautaires de base) ;
- sélection de femmes non alphabétisées en prenant le temps de les former :
« Ça m’a coûté ! Bon, au début, elles étaient très perdues ! Mais avec le temps, le suivi, l’accompagnement et tout, aujourd’hui elles sont à niveau ! Je suis fière de les voir comme ça ! Parmi les responsables OCB, il y a des mamans qui ne sont pas du tout lettrées et qui sont présidentes, d’autres trésorières, secrétaires ».
o Deux formateurs de deux associations FSP :
Volonté de continuer à se former et de piloter des projets avec intégration du genre. L’un d’entre eux a facilité l’intégration de femmes dans sa structure où il n’y avait que des hommes.
« On a saisi l’opportunité du FSP pour entrer dans le genre ».

o Pour les femmes
La participation à la formation a entraîné :
- la négociation de leur disponibilité et de leur mobilité avec leur mari,
- la mobilisation collective des femmes face aux résistances de certains maris.
« Quand certaines femmes voulaient aller à la réunion, leurs maris refusaient. Ils veulent qu’elles aillent aux champs. Mais nous toutes dans le groupement, on a fait une réunion. Et puis on est passé chez nos maris pour qu’ils comprennent ce qu’on veut faire et qu’ils nous laissent aller à la formation. »
- des échanges vers plus d’égalité : facilité à discuter de certaines choses au sein du ménage :
« Ça a permis d’aplanir beaucoup cette supériorité qu’il y avait entre femmes et hommes. »
- prise de conscience vis-à-vis des violences faîtes aux femmes :
« Certains hommes maltraitent les femmes. Ça, je ne suis pas d’accord. On n’est pas des esclaves. S’il peut y avoir une loi, ça sera très bien. Les femmes ne sont pas la cause (des violences). »

Des éléments positifs
• Eléments de transformation sociale
« Capacité de conscience critique collective » : conscience que les problèmes sont liés à leur rôle social (domestique et maternel) et à la position de pouvoir que détiennent leurs maris.
Ce n’est pas un problème individuel mais collectif (au groupe social des femmes) et qu’ils peuvent être changé par une mobilisation.

• Une valorisation du et dans le travail productif
L’apprentissage de la technique permet :
- l’optimisation des ressources (enrayer les pertes de tomates en période de surproduction)
- une plus-value économique (vente)
- la diffusion et le développement de l’activité du groupement (se faire connaître : nouveaux clients et nouvelles « recrues »)
Un savoir qui « fait honneur »

• Une valorisation autour de l’alimentation saine et sûre
Le produit transformé peut être conservé pendant plusieurs mois.
Un produit perçu comme « de qualité » :
- reconnaissance de leurs compétences et de leur savoir-faire,
- réinvestis dans la sphère privée :
« Faire moi-même des tomates pour ma maison, pour mon foyer, pour mes enfants »
- réinvestis dans le travail communautaire : cadeau à des personnes de la communauté, optique stratégique et/ou affective.
Ne plus acheter de concentré de tomates en boîte évite les risques : les personnes non alphabétisé[e]s ne peuvent pas lire les dates de péremption
« Les tomates en boîte, ça apporte des maladies, des microbes ».
« Les tomates qu’on nous envoie de l’extérieur, on ne sait pas le temps qu’elles ont mis avant d’arriver ».

• Une valorisation sociale et professionnelle.
« Maintenant, c’est moi qui prépare et conserve dans la bouteille, c’est un grand honneur ».

Risques et biais
• Augmenter les activités productives et les revenus des femmes : quelles conséquences ?
- Augmentation de la charge de travail des femmes :
« La femme ne va plus faire la paresse » Louise
« Me reposer ? Oui, c’est quand je dors ! Il n’y a pas de repos ici pour nous » - Carla
- Attentes du mari :
« Si je travaille et je ne rapporte pas d’argent, mon mari se fâche » - Bénédicte et Afa
- Conséquences sur la santé des femmes :
« Je prends un comprimé pour enlever toutes les douleurs » - Véronique
« Je me couche, ça passe et le lendemain je me relève vite pour aller travailler encore » - Janine

• Des revenus pour les femmes ?
Logiques de réinvestissements dans la sphère domestique
« Ca va servir à faire manger les enfants et à aider le mari à supporter les frais des enfants » - Eveline
… Pas toujours le cas des hommes

5° temps. Débat et co-construction en petits gropes et mise en commun
Premier groupe
Les inégalités plus ou moins grandes.
Importance des mécanismes de société, pas seulement individuels.
Allier mixité et non-mixité, pas une fin en soi mais une étape.
Le rôle des lois : les quotas, la parité... cela suffit ou pas ?

Second groupe
Très collectif.
Avancer.
Saisir l’ensemble ce n’est pas évident.

Troisième groupe
Pour faire en sorte que le travail des femmes soit reconnu, le travail collectif (= pouvoir avec) peut être un levier de transformation à la fois pour reconnaître le travail rémunéré et accéder à un travail décent tout en prenant en compte la diversité des femmes. La formation, l’éducation tout au long de la vie restent aussi essentielles.

6° temps : Evaluation (avec des feux tricolores)
Chacun écrivait :
sur un carton vert ce qui lui avait plus, intéressé,
sur un carton orange ce qui l’avait rejoint mais avec une insatisfaction
et sur un carton rouge les regrets ou rejets

20 cartons rédigés ; certains participants en ont écrits plusieurs.

12 cartons verts
Important d’aborder ces questions en dehors de nos frontières
Bon équilibre entre travail en groupe /participatif et apport théorique ; entre « ici » et « là-bas » pas cloisonné ; ouverture d’esprit
Très intéressant mais le chemin reste long pour passer de l’idée à la réalisation…
Professionnalisme et compétences. Merci pour le temps accordé.
L’apport théorique était un « plus »
Les projets présentés, approche et outils très intéressants, notamment la cartographie collective
Merci : ça m’a permis d’approfondir le thème et l’envie d’aller plus loin ! Animation ++
Articulation exemples concrets / théorie/ approche universitaire ; Réflexion sur l’articulation mixité et non mixité
Bien, mais conscience d’un aspect « énorme » du « reste à faire »
C’était bien. J’ai aimé les interventions et l’animation de l’atelier. Ceci m’a permis de savoir d’autres contextes, d’autres points de vue sur la situation des femmes et la nécessité d’un partage d’expériences ; d’idées pour améliorer cette situation des femmes. Merci
Plus de temps pour parler de la désinformation de nos passés. Comment se couper de la violence , respect home /femme à valoriser, de la parité, du partage, et du sens de notre vie
Bien mais qu’il fait chaud !

5 Cartons orange
Pas encore trouvé le chemin de l’égalité ! mais je continue à travailler pour !
L’atelier était dynamique, bien animé et intéressant mais j’aurais voulu plus de leviers, d’outils concrets pour agir au quotidien et dans les projets
Peut-être trop didactique ; échanges limités
Peut-être eut-il été intéressant de pouvoir s’attarder plus sur les questions, voir plutôt les solutions. Donc s’attarder un peu moins sur les présentations de projets pour accorder plus de temps aux questions/solutions. D’autant plus que le public était plutôt averti sur le thème.
A creuser le décloisonnement Nord/Sud. Notamment le changement social en France ! Creuser l’incidence positive ou négative des bailleurs ,des « modes » des institutions internationales

3 cartons rouges
Pas assez d’hommes / connaître leur avis
Le jeu brise glace des prénoms. Animation qui n’avait pas de lien avec le thème de l’atelier (alors que d’autres animations du même type auraient pû permettre d’introduire
Parfois difficile de supporter les clichés des autres participantes ! Un peu plus d’échange autour des projets, échanges sur la méthode

Compte –rendu rédigé avec la collaboration d’Anne-Marie Tranvouez (Asfodevh) , de Charlotte Soulary qui l’a enrichi d’après les documents de Vanessa Gautier (Peuples Solidaires) et Ghislaine de Senneville (Asfodevh)