Atelier 2- Les sociétés civiles sahraouies et marocaines : un dialogue possible pour faire progresser le respect de tous les droits ?

INTRODUCTION

Cet atelier, à l’initiative de l’association des Amis de la RASD, a proposé cet intitulé pour se retrouver à l’unisson du titre général de l’UESI « Bien vivre ensemble, c’est possible ». Il nous a permis de réunir pour la première fois des intervenants sahraouis et marocains de grande qualité et d’installer avec un public attentif une discussion sereine, situation encore exceptionnelle quand dans une même salle se retrouvent des Sahraouis et des Marocains. Situation cependant qui commence à exister au moins à l’occasion des forums sociaux. Aussi notre atelier se situe bien dans cette perspective et nous espérons que sa tenue contribuera à préparer celui de mars 2015 à Tunis.
Cependant une réserve a été exprimée par plusieurs présents, les intervenants n’ayant pas pris le temps de présenter le sujet « Sahara occidental », ce qui leur a manqué et donné le sentiment que cet atelier concernait d’abord les « initiés » : « Vous êtes un peu restés entre vous. »
Mais l’atelier organisé il y a deux ans à l’UESI/Lyon qui présentait de manière plus classique le sujet « Sahara occidental » a bien sûr davantage informé de manière factuelle mais en même temps a rassemblé des points de vue très opposés ce qui nous avait empêché de mener une discussion sereine comme en 2014.

DÉROULÉ DE L’ATELIER
Intervenants :
Ghalia Djimi : vice-présidente de l’ASVDH (Association Sahraouie des victimes de Violations graves des Droits de l’Homme commises par l’État marocain).
Khadija Ryadi : ancienne présidente de l’AMDH (Association Marocaine des Droits de l’Homme) et lauréate du prix Droits de l’Homme de l’AG des Nations unies.
Bachir Moutik : Représentant en France de l’AFAPREDESA (Association des Familles des Prisonniers et Disparus Sahraouis)
France Weyl : Avocate, Association Droit Solidarité
Michèle Decaster : Secrétaire générale de l’AFASPA
Régine Villemont : Présidente de l’Association des Amis de la RASD et modératrice du débat.

Participants à l’atelier : une trentaine de personnes, la plupart responsables associatifs et représentant les trois sociétés civiles : française, marocaine et sahraouie.

Déroulé :
1) Les intervenants ont démarré l’atelier avec une animation scénarisée à partir du rapport du procès des 22 accusés sahraouis de Gdeim Izik (procès tenu en février 2013 au tribunal militaire de Rabat). Il s’agissait pour eux de faire entrer les présents dans le sujet, de manière émotionnelle et rapidement.
2) Présentation de l’atelier. Chaque intervenant est invité à exposer sa conception de sa société civile et du rôle qu’elle peut jouer. Très vite les premières interventions se croisent et font rebondir le débat avec la salle
3) Deuxième temps de la discussion : que signifient les droits de l’homme dans nos sociétés ? Puis : quelles convergences, quelles opportunités de luttes communes ?
4) Enfin, la question des forums sociaux est discutée.

Conclusion
À l’issue de ces trois heures de discussion, la modératrice présente des conclusions, approuvées par les présents. Ces thèmes sont une première étape d’un travail commun qui ne devrait pas manquer de se développer :
1) Déconstruire les préjugés entre Marocains et Sahraouis et multiplier les rencontres et les occasions pour une meilleure connaissance et un meilleur respect mutuels.
2) Constater le fait que lorsque les Sahraouis ou les Marocains dépassent les lignes rouges, ils subissent des formes aussi cruelles de répression.
3) S’interroger sur la « marocanité » du Sahara, construction du Makhzen depuis 40 ans mais aussi conviction partagée par de nombreux Marocains. Imaginer quelle serait la situation dans la région si les divergences autour du conflit du Sahara étaient un sujet de débat libre et démocratique au Maroc.
4) Quelles perspectives possibles ? Lutter ensemble contre la torture et l’impunité des bourreaux, participer ensemble aux forums sociaux et organiser un dispositif commun d’observation des procès au Maroc.
5) Faire le constat que l’impasse actuelle est lourde de dangers, en particulier d’une perte de confiance dans les méthodes pacifiques et dans le processus politique sous l’égide du Conseil de sécurité.

Ces conclusions en forme de résolutions seront portées par les présents partout où ce sera possible ! Une première application a été mise en œuvre à Tanger au moment du procès de la jeune étudiante marocaine Wafaa Charaf, ce 11 août 2014. Michèle Decaster présente à Rabat puis à Tanger suite à son arrestation arbitraire à El Aïoun par la police marocaine, qui lui a interdit l’entrée au Sahara occidental, a souhaité s’associer à la mission de l’AMDH venue en nombre observer le procès d’une militante inculpée pour accusations calomnieuses. Wafaa Charaf avait simplement dénoncé et porté plainte contre la torture subie au moment de son arrestation en avril dernier. Résultat : Wafaa a été condamnée à un an de prison ferme et Michèle Decaster, pour la deuxième fois, enlevée par la police marocaine pour un contrôle d’identité qui a duré 7 heures… pour lui interdire l’accès au tribunal.
Cet atelier de l’UESI/Rennes, indispensable, a adopté des propositions qu’il faut mettre en œuvre le plus possible pour faire progresser le respect de tous les droits au Maroc et au Sahara Occidental, ce qui vient de se passer en août en montre l’urgence et la nécessité.
Le prochain forum social mondial à Tunis sera une belle occasion pour avancer sur cette thématique de dialogue entre les sociétés civiles marocaine et sahraouie, et pour développer encore davantage les propositions de cet atelier de l’UESI/Rennes.
Pour plus d’informations : Sahara Info revue n° 166-167 et site de l’AFASPA.