Atelier 1- Monde économique et monde de la coopération / solidarité internationale : quelles convergences ?

Restitution

Ce document présente de façon succincte les principaux éléments des interventions et échanges ayant eu lieu lors de l’atelier.

1. Installation des participants et présentation du déroulement de l’atelier

Distribution d’un questionnaire aux participants (cf. document n°2) afin de connaître leurs représentations sur les convergences possibles entre monde de l’entreprise et monde de la solidarité internationale.

Les réponses seront traitées pendant la phase de travail en groupes (point 5) et les résultat présentés en fin d’atelier (point 10).

2. Introduction politique - Forough Salami, Vice-présidente du Conseil régional de Bretagne en charge de l’international

Banalité de parler de la mondialisation. Nous sommes encore souvent confrontés à des visions « datées » : les ONG, représentantes de la société civile, bâties sur une culture du militantisme versus les entreprises orientées uniquement vers le profit.

Les relations entre monde économique et monde de la solidarité internationale sont à considérer dans le contexte d’évolutions importantes :
• désengagement des États
• pression croissante de la société civile envers les entreprises, ce qui a suscité l’essor de la RSE

De nombreuses relations se sont tissées, souvent sous forme de mécénat, mais on assiste là aussi à des évolutions significatives vers des relations davantage partenariales. Certes, l’investissement dans le champ socialement responsable peut permettre aux entreprises d’améliorer leur image, mais cela permet aussi aux ONG de bâtir d’autres types d’actions.

3. Improvisation théâtrale - Puzzle Compagnie

Objectif de l’improvisation : mettre en scène, sur le mode de l’humour, les stéréotypes respectifs du monde de l’entreprise et du monde de la SI.

Les 2 acteurs alternent les saynètes : d’un côté, le directeur et un salarié d’une ONG environnementale ayant démarché une entreprise pour des financements, de l’autre la PDG de l’entreprise et un de ses collaborateurs. Chacun des deux dirigeants exprime ses angoisses à l’idée de la première rencontre avec le camp « d’en face », les collaborateurs s’efforçant de rassurer et relativiser.

ONG
« Il me faut une cravate si je veux être pris au sérieux ! »
« J’ai beau militer pour l’environnement, je suis allergique à la nature ! »
« Je vais me faire bouffer ! »
« Ce qu’ils veulent, c’est surtout défiscaliser leurs bénéfices »
« Je ne suis qu’un petit poisson clown face à un requin de la finance »
« Va-t-il falloir troquer de l’argent contre des valeurs ? »

Entreprise
« C’est tendu ! »
« Ils viennent nombreux ! »
« On n’a pas de café équitable ! »
« Même ma grand-mère fait des powerpoint à Noël »
« Je ne suis pas qu’un tiroir-caisse, j’ai des valeurs ! »

4. Contextualisation et problématisation - François Doligez, chargé de programme à l’Institut de Recherches et d’Applications des Méthodes de développement (IRAM)

Cf. document n°3, partie 1.

5. Travail de groupe sur les stéréotypes

Les participants sont répartis en 6 groupes de 8-10 personnes (incluant un intervenant invité). Chaque groupe tire au sort un des stéréotypes proposés (cf. ci-dessous) et dispose de 45 minutes pour produire un argumentaire déconstruisant ce stéréotype (restitution orale).

Stéréotypes proposés

• Les entreprises, associations et collectivités vivent sur des planètes différentes.
• Les entreprises ne s’intéressent pas à la solidarité internationale, sauf pour améliorer leur image ou se donner bonne conscience
• Les entreprises ne s’intéressent qu’au court terme et à la rentabilité.
• Les ONG ne font que soigner les maux.
• Les militants de la solidarité internationale sont des idéalistes qui n’ont pas les pieds sur terre. Ils manquent de professionnalisme.
• Les ONG qui se rapprochent des entreprises le font uniquement pour obtenir des financements et trahissent les valeurs associatives.

6. Restitution des groupes 1, 2 et 3 (stéréotypes sur les entreprises)

Groupe 1 « Les entreprises ne s’intéressent qu’au court terme et à la rentabilité »
• Nécessaire de s’entendre sur le terme de « rentabilité » qui peut s’appliquer à différentes dimensions d’une entreprise (toutes les entreprises n’étant pas concernées de la même façon) : rémunération des actionnaires, pérennisation de l’activité, production de valeurs
• les ONG sont également concernées par la notion de rentabilité (doivent assurer leur viabilité économique), mais il faut distinguer les petites et grosses ONG (avec buts et modes de gestion différents) ; certaines fonctionnent davantage avec du don et du bénévolat, d’autres sont quasiment des entreprises
• « Courtermisme » : certaines grandes entreprises n’hésiteraient pas à faire de la « casse sociale » pour obtenir du profit ; du point de vue de l’entrepreneur présent, il arrive effectivement qu’on ait à faire de la « cavalerie » (vendre un actif pour assurer les « fins de mois » de l’entreprise), mais ce serait plutôt le signe d’une mauvaise gestion ou de difficultés que d’une véritable cupidité.
• trouver un juste milieu entre le pessimisme des ONG (catastrophes écologiques et sociales, etc.) et posture d’optimisme et de créativité de l’entrepreneur face aux changements

Groupe 2 « Les entreprises ne s’intéressent pas à la solidarité internationale, sauf pour améliorer leur image ou se donner bonne conscience »
• Importance de l’image dans le choix des entreprises de faire de la SI
• le développement d’actions à l’international (solidaires ou pas) dépend souvent d’un facteur humain
• Place spécifique de l’ESS, culture différente

Groupe 3 « Les entreprises, associations et collectivités vivent sur des planètes différentes »
• On vit tous sur la même planète mais dans des mondes différents
• Tendance des ONG à mettre toutes les entreprises dans le même sac, mais des différences notables, y compris en terme de culture d’entreprise. Le monde des ONG lui-même est caractérisé par une grande diversité (pas toutes la même taille, ni les mêmes moyens)
• convergences possibles sur la mise en commun de moyens et de compétences :
◦ stagiaires d’entreprises dans les ONG et inversement
◦ dialogue et interconnaissance mutuelle
◦ convergences sur les critères et finalités de la RSE et du développement durable
◦ impacts positifs en terme de meilleure efficacité et de rentabilité, aussi bien pour l’entreprise que pour l’ONG
• Convergence autour de la place des pouvoirs publics : lieu d’échanges, favoriser les alliances avec l’ESS
• Il est important que les ONG gardent leur culture, leur posture de vigilance et d’alerte.

7. Table-ronde n°1 - réaction aux restitutions des groupes 1, 2 et 3

Céline Obejero, chef de projet RSE, Direction Orange Ouest
• le travail en groupe a été trop court, l’échange commençait seulement !
• Des écarts importants dans le sens donné aux mêmes mots, d’où l’importance de mieux se connaître
• Intérêt du mécénat de compétences (fin de carrière dans les associations par ex.) pour faire office de passerelle entre les deux mondes
• On veut tous que nos enfants vivent sur la même planète…

Alain Traoré, coordinateur du programme de développement du maraîchage en Région Centre du Burkina Faso
• On est conscient qu’on est embarqué dans le même bateau
• Rechercher des points de convergence
• insiste sur l’importance du travail en filière, pérenne (cas de la pomme de terre) avec des personnes spécialisées dans leur domaine (vs certaines ONG qui travaillent parfois sans expertise particulière, sans vraiment prendre en compte le contexte local, les pratiques culturelles...). L’intérêt et la réussite des projets en dépendent fortement.

Jean-Marc Briand, président de la société BlueKango
• Focalisation des militants de la SI sur les firmes multinationales (exemples qui reviennent tout le temps : Total, Areva, Microsoft) et la vision qui en est donnée par les médias, alors que 98 % des entreprises sont des PME (qui représentent 95 % des salariés). Face à un tel biais dans la vision du monde de l’entreprise, ne sait pas quelle réponse donner car ne s’y retrouve lui-même pas du tout.
• Convergence entre PME et ONG en ce qui concerne la gestion des ressources humaines : les PME sont solidaires de leurs salariés (et des enjeux qui ont été exprimés par les participants de l’atelier)
• Besoin fort des entreprises pour innover et créer de la valeur (même si destructeur d’emplois et de métiers qui sont dépassés par le changement technique)
• Pour le mécénat, les ONG ciblent les grands groupes, alors que les PME pourraient être intéressées
• les ONG doivent montrer leurs compétences, qu’elles ont quelque chose à offrir
• Il existe des normes communes (Normes ISO-26000) aux organisations responsables qu’elles soient entreprises ou associatives !

8. Restitution des groupes 4, 5 et 6 - stéréotypes sur les ONG

Groupe 4 « Les ONG ne font que soigner les maux »
• Une vision datée des choses
• Avant : bonne volonté, court terme, curatif, amateurisme, pas d’implication du bénéficiaire dans la conceptualisation des projets
• Aujourd’hui : efficacité, long terme, préventif, professionnalisme, davantage de démarches de co-construction dans la conceptualisation des projets

Du point de vue de l’entreprise :
• Notion de programme, d’investissement, de long terme, de visibilité
• l’ONG peut apporter sa connaissance du terrain, de la dimension interculturelle
• Pas forcément recherche d’un retour sur investissement mais attentes en matière de professionnalisme, d’attention vis-à-vis des résultats obtenus

Groupe 5 « Les ONG qui se rapprochent des entreprises le font uniquement pour obtenir des financements et trahissent les valeurs associatives »
• la crainte d’être « à la botte » des entreprises reste forte
• partenariat pour accéder à quelque chose
• compétences à partager (technicienne, interculturelle, territoriale)
• important de définir sur quelle action et quels objectifs se fonde le partenariat
• analyse de la stratégie de l’entreprise
• il persiste des incompatibilités pour aller voir certaines entreprises (Total et Areva)
• les ONG ne savaient pas qu’il y avait des entreprises (PME) qui les attendaient
• en rentrant sur un territoire, les entreprises doivent savoir qu’il y a des ONG qui connaissent le terrain

Groupe 6 « Les militants de la solidarité internationale sont des idéalistes qui n’ont pas les pieds sur terre. Ils manquent de professionnalisme »
• interrogations sur les mots : un militant, c’est quoi ? ; SI, pas si clair ; idéaliste, pas forcément manque de compétences
• non, car militants sont de plus en plus des professionnels
◦ cf. la multiplication des formations des bénévoles et salariés
◦ un bénévole est aussi un professionnel dans sa vie active
◦ seuls « certains » militants sont idéalistes
• convergences :
◦ on peut imaginer des échanges de personnels, stages croisés,
◦ travailler sur le dialogue, les outils
◦ avoir en référence les normes communes (DD)
◦ travailler sur l’impact
◦ importance du rôle des pouvoirs publics

9. Table-ronde n°2 - réaction aux restitutions des groupes 4, 5 et 6

Françoise Ledos, directrice ajointe de Coop de France Ouest
• Posture idéologique sur la question du profit qui bloque le dialogue. Si on ne crée pas de richesses, on ne peut pas en partager
• Aller vers de la compétence, du long terme, ne pas plaquer nos schémas dans d’autres contextes ; mais certaines ONG sont encore dans l’assistance
• Révolution culturelle à faire dans les deux mondes

Forough Salami, Vice-présidente du Conseil régional de Bretagne en charge de l’international
• le Conseil Régional est en contact essentiellement avec des PME.
• une piste de travail serait de fournir à des structures comme Bretagne Commerce International les contacts sur place, les réseaux constitués dans le cadre de nos coopérations décentralisées, comme base d’appui dans leur recherche de marchés à l’étranger pour les entreprises bretonnes.
• Les collectivités connaissent les deux types d’acteurs et disposent de leviers pour développer des espaces de rencontre entre acteurs qui ne se connaissent pas
• Rôle de réseaux régionaux comme ABCIS qui, en s’ouvrant à une plus grande diversité d’acteurs, ont un rôle à jouer, pour les faire se connaître davantage et travailler ensemble
• Accompagnement possible des acteurs économiques et de la SI pour co-construire des projets gagants-gagnants
• Notion de diplomatie décentralisée : dans beaucoup de pays en Afrique, la diplomatie française n’existe plus que par le biais des collectivités locales

Alain Traoré, coordinateur du programme de développement du maraîchage en Région Centre du Burkina Faso
• Court terme/long terme : faire attention à ces notions. En cas d’inondation, les premiers secours sont les ONG et intervention nécessaire avant de penser le long terme
• Exemple de coopération décentralisée : cas de la pomme de terre au Burkina Faso, avec implication de professionnels et d’acteurs de la SI
• ONG-Entreprises : on ne se connaît pas
• Les entreprises ne communiquent pas suffisamment
• Beaucoup d’ONG démarrent des actions, mais faute de moyens pérennes doivent suspendre leurs activité, avec in fine un effet déstructurant sur les dynamiques locales.

10. Présentation des résultats du questionnaire

Cf. document n°4.
• 44 % des participants se considèrent comme appartenant au monde la SI et 41 % au deux => la convergence est donc déjà forte (diapo 1)
• Consensus sur la pertinence qu’il y a rechercher des convergences ; le constat est également positif mais plus nuancé quant à l’efficacité de telles convergences (diapo 2)
• Sur l’ensemble des dimensions citées (diapo 3), la proportion de participants estimant que davantage de convergences sont à trouver est significative (entre 1/3 et 2/3)
• Principaux enjeux : rechercher davantage d’enjeux et d’intérêt communs ; beaucoup de divergences au niveau de la temporalité, des méthodes
• Les structures de grande taille semblent moins propices aux convergences (diapo 4)
• Consensus sur l’importance du rôle facilitateur des collectivités locales (diapo 4)

11. Débat

Quelques points saillants des échanges :

• 90% des bénévoles connaissent les deux mondes car ils sont dans le monde de l’entreprise en tant que salariés et dans celui de la SI en tant que bénévoles

• Y a-t-il un territoire idéal pour des convergences ? Quelle participation des partenaires du Sud ?

• Les acteurs de la SI se sentent particulièrement proches des acteurs de l’ESS car partage des valeurs (« l’homme au cœur de l’économie ») ; mais est-ce que cette vision est partagée au sein du monde de l’entreprise en général ?

• Problème de la définition des besoins essentiels comme socle ; problème du monde économique qui pense en termes de création de nouveaux besoins
◦ Émergence de l’ESS : nouvelles façons de travailler, plus horizontale, plus circulaire…
◦ Mais cela sous-entendrait que l’entreprise classique ne met pas l’humain au cœur de l’entreprise (sans les salariés, l’entreprise n’est rien ! Nombreuses formations réalisées, etc.)
◦ Besoins essentiels, nouveaux besoins : cela change très vite, au moins dans le numérique (voir Digital Society Forum, avec interactions pour mieux comprendre les nouveaux besoins sur le terrain).

21. Improvisation théâtrale - Puzzle Compagnie

Métaphore du chevalier blanc (l’ONG) en quête d’aventure et de veuves et d’orphelins à défendre qui découvre un monstre inconnu. Celui-ci s’avère être un moulin (cf. Don Quichotte, le « monstre » moulin étant la métaphore de l’entreprise).

Le meunier vient à la rencontre du chevalier et lui fait comprendre son rôle au sein de la communauté, qu’il pourvoie en blé (sens littéral et figuré).

Conclusion sur la nécessité d’apprendre à se connaître.