Atelier 17

Justice environnementale : quelles perspectives pour la solidarité internationale ?

Le "droit à vivre dans un environnement sain" consacré par plusieurs textes internationaux, passe par une "justice environnementale", indispensable à un développement socioéconomique des populations respectant les équilibres des écosystèmes dans lesquels elles vivent.

Descriptif :

Le modèle de développement productiviste, construit sur la prédation des ressources (comme l’eau) et la mise en concurrence des États, est la source des dégradations de l’environnement et des injustices sociales que nous connaissons à l’échelle de la planète et au sein de chaque pays.

Personne ne doit supporter de façon disproportionnée le poids des conséquences environnementales négatives générées par le système économique. Les responsabilités environnementales doivent donc être différenciées et donner lieu à des décisions politiques, fondées sur l’équité, pour réparer les dommages passés (la dette écologique que le Nord doit au Sud) et empêcher la réalisation de nouveaux.

Déroulé :

- Introduction générale sur la montée en puissance des problématiques écologiques pour les associations de solidarité internationale et l’inscription de ces questions dans le champ politique de l’altermondialisme (10’)
- La contribution du nouveau paradigme de justice environnementale dans le tournant du discours post-développementaliste apparu au début du siècle. (10-15’)
- Intervention sur « Dette odieuse versus dette écologique » (10 - 15’)
- Pause (10’)
- Intervention sur les compensations carbone (Cf. REDD) dans la perspective de la justice climatique (10 - 15’)
- Intervention sur le droit à l’eau dans la perspective de la justice environnementale (10 - 15’)
- Échanges, Débats (1h30)
- Synthèse (10’)

Intervenant(e)s :

- György Malovics (Védégylet, Hongrie)
- Nicolas Sersiron (CADTM)
- Sylvain Angerand (Les Amis de la Terre)
- David Blanchon (Gecko)
- Amélie Canonne (AITEC - IPAM)

Objectifs de l’atelier :

- Échanges autour d’expériences
- Convergence et élaboration

Durée : 3h

Synthèse :

L’objectif de cet atelier était de revenir sur l’émergence du concept de « justice environnementale » et de sa portée politique dans le contexte actuel de crises sociale, économique et écologique.

L’émergence du concept de « justice environnementale », apparu très récemment en Europe, marque l’évolution de la réflexion du mouvement altermondialiste qui établit désormais le lien entre la critique sociale et la critique écologique, restées jusque là très cloisonnées. En effet, crise écologique et crise sociale sont les deux faces du même problème : le modèle productiviste et consumériste qui génère inégalités sociales et dégradations de l’environnement.

Cette approche ouvre de nouvelles perspectives de réflexion sur lesquelles s’est interrogé cet atelier :
- Comment repenser la critique du « développement » dans cette nouvelle approche ?
- Quels liens construit-on avec les pays du Sud ?
- Comment aborder la question de la transition (emploi, échanges commerciaux) ?
- Quel lien entre alternatives locales et revendications globales ?
- Comment rendre justiciable l’émergence de ces « nouveaux droits » ?

Après un aperçu historique de l’émergence du mouvement pour la justice environnementale et de sa portée politique [interventions d’Amélie Canonne et de György Malovics], ses questions ont été abordées à travers l’analyse du lien entre « dette écologique » et « dette odieuse » (financière) qui pèsent sur les pays du Sud. Ces derniers sont soumis à une double dette injuste : rembourser une dette qui a été contractée ni par, ni pour le peuple (dette financière) et subir les dégradations environnementales induites par le modèle de développement des pays du Nord (dette écologique) [intervention de Nicolas Sersiron].

Il a également été question des « fausses solutions » face aux changements climatiques, notamment celle de la « compensation carbone » : celle-ci ne pose pas le vrai problème, soit la réduction de la consommation des ressources, et de surcroit, elle encourage un « néocolonialisme vert » [intervention de Sylvain Angerand].

Au-delà de l’analyse critique de notre modèle de développement, l’approche en terme de « justice environnementale » permet, par ailleurs, de repenser de nouveaux modes de production et de redistribution basés sur les besoins fondamentaux des personnes, comme en témoigne la politique de gratuité de l’eau mise en place par la ville de Johannesbourg dans les années 90. Cette politique, basée sur une politique tarifaire solidaire, a permis de répondre aux profondes inégalités d’accès à l’eau, tout en incitant à une diminution de la consommation d’eau [intervention de David Blanchon].

Enfin, le débat avec la salle a notamment porté sur la question de la transition et l’importance de la défense des service publics et de la recherche de la « qualité sociale ».

Document complémentaire :

- "La crise, quelles crises ?", de Damien Millet et Éric Toussaint (CADTM/Aden/CETIM 2010).

P.-S.

Organisé par : AITEC - IPAM (Association Internationale des Techniciens, Experts et Chercheurs - Initiatives pour un autre Monde), CADTM (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde).